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Leçon offerteModule 02 · Leçon 02.039 min

La double articulation

Parcours 148 : Linguistique générale : décrire le langage et les langues du monde · Fondamentaux

Objectif de la leçon

Découper un énoncé en unités de sens et en unités de son, et expliquer l'économie que permet la double articulation.

La leçon, diapositive par diapositive

Diapositive 1 sur 8

Objectif de la leçon

  • Comprendre la première articulation
  • Comprendre la deuxième articulation
  • Mesurer l'économie du système
Voix off

Comment une langue arrive-t-elle à dire une infinité de choses avec si peu de sons ? Le linguiste français André Martinet a proposé une réponse en 1949, puis l'a développée dans ses Éléments de linguistique générale, en 1960 : la double articulation. Le mot articulation veut dire ici découpage en éléments. Toute langue humaine se découpe deux fois : une première fois en unités qui ont un sens, une seconde fois en unités qui n'en ont pas. Dans cette leçon, tu vas faire ces deux découpages sur des exemples, et voir pourquoi ce système est si économique.

Diapositive 2 sur 8

Première articulation : les monèmes

  • Monème : la plus petite unité qui a un sens
  • « Je chantais » : je, chant-, -ais
  • Certains monèmes sont des mots, d'autres des morceaux de mots
Voix off

La première articulation découpe un énoncé en monèmes : les plus petites unités qui ont à la fois une forme et un sens. Prends je chantais. Tu peux isoler je, qui indique la personne qui parle, chant-, qui porte l'idée de chanter, et -ais, qui indique un passé qui dure. Trois monèmes. Certains sont des mots entiers, comme je. D'autres sont des morceaux de mots, comme -ais. Tu ne peux pas découper plus loin sans perdre le sens : ch- ou -ant ne veulent rien dire seuls ici. Beaucoup de linguistes parlent plutôt de morphèmes, un terme que tu retrouveras dans le module 3.

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Découper dans d'autres langues

  • Swahili : ninasoma, ni-na-soma, je lis
  • ni : je ; na : présent ; soma : lire
  • Arabe : kitāb, kutub, kātib, autour de k-t-b
Voix off

Ce découpage marche dans toutes les langues. En swahili, ninasoma veut dire je lis. Il se découpe en ni, qui veut dire je, na, qui marque le présent, et soma, qui veut dire lire. Un seul mot, trois monèmes. Si tu remplaces na par li, nilisoma, tu obtiens j'ai lu. En arabe, les choses sont un peu différentes : les consonnes k, t, b portent l'idée d'écrire, et des voyelles placées entre elles ajoutent un autre sens. Kitāb, un livre, kutub, des livres, kātib, un écrivain. Le monème n'est pas toujours un morceau continu : ici, il est entrelacé avec un autre.

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Deuxième articulation : les phonèmes

  • Phonème : une unité de son qui n'a pas de sens
  • Il sert à distinguer les monèmes
  • « Pain » et « bain » ne diffèrent que par /p/ et /b/
Voix off

La deuxième articulation découpe chaque monème en phonèmes : des unités de son qui n'ont pas de sens par elles-mêmes, mais qui servent à distinguer les mots. Le son p n'a aucun sens en français. Pourtant, si tu le remplaces par b dans pain, tu obtiens bain, un autre mot. On dit que /p/ et /b/ sont deux phonèmes du français, et on les note entre deux barres obliques. De même, riz et lit ne diffèrent que par /r/ et /l/, et pou et pu par deux voyelles. Le phonème est donc une unité distinctive : sa seule fonction est de faire la différence.

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La paire minimale, un outil

  • Deux mots qui ne diffèrent que par un son
  • Pain et bain, riz et lit, pou et pu
  • Espagnol : pero, mais ; perro, chien
Voix off

Le linguiste repère les phonèmes grâce aux paires minimales : deux mots de sens différent qui ne diffèrent que par un seul son, au même endroit. Pain et bain, riz et lit, pou et pu en sont des exemples en français. En espagnol, pero, qui veut dire mais, s'oppose à perro, chien : la seule différence est un r simple, battu une fois, contre un r roulé. Cela prouve que ces deux r sont deux phonèmes distincts en espagnol, alors qu'en français, rouler ou non le r ne change jamais le sens d'un mot. Tu reverras cet outil en détail dans le module 3.

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L'économie du système

  • Quelques dizaines de phonèmes
  • Des milliers de monèmes
  • Un nombre illimité de phrases
Voix off

Pourquoi ce double découpage est-il si important ? Parce qu'il rend la langue très économique. Une langue possède en général quelques dizaines de phonèmes, rarement plus d'une centaine. En les combinant, elle forme des milliers de monèmes. Et en combinant ces monèmes, elle forme un nombre illimité de phrases, dont beaucoup n'ont jamais été prononcées avant. Imagine au contraire un système où chaque idée aurait son propre cri, impossible à décomposer : il faudrait des milliers de cris, difficiles à distinguer et à retenir. La double articulation permet de tout dire avec peu de moyens.

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Et les animaux ?

  • Beaucoup d'animaux communiquent
  • Leurs signaux ne se découpent pas deux fois
  • Les langues des signes, elles, ont aussi deux articulations
Voix off

Beaucoup d'animaux communiquent, parfois de façon très précise. Certains singes ont des cris d'alarme différents selon le prédateur, et les abeilles indiquent par une danse la direction d'une source de nourriture. Mais ces signaux ne se découpent pas en deux niveaux : un cri d'alarme ne se décompose pas en éléments sans sens, réutilisés dans d'autres cris pour former des messages nouveaux. Pour Martinet, la double articulation est une propriété qui distingue les langues humaines. Elle vaut aussi pour les langues des signes, où les signes se décomposent en formes de main, emplacements et mouvements.

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À retenir

  • Monèmes : unités qui ont un sens
  • Phonèmes : unités qui distinguent sans avoir de sens
  • Peu de phonèmes, des messages sans limite
Voix off

Retiens les deux articulations. La première découpe l'énoncé en monèmes, les plus petites unités qui ont un sens, comme je, chant- et -ais, ou ni, na et soma en swahili. La seconde découpe les monèmes en phonèmes, des unités sans sens qui distinguent les mots, comme /p/ et /b/ dans pain et bain. La paire minimale est l'outil qui permet de trouver les phonèmes. Ce système double est très économique : avec peu de sons, on peut tout dire. Prochaine leçon : à quoi sert le langage, avec les six fonctions décrites par Roman Jakobson.

À retenir

  • Première articulation : l'énoncé se découpe en monèmes, les plus petites unités qui ont un sens.
  • Deuxième articulation : chaque monème se découpe en phonèmes, unités sans sens qui distinguent les mots.
  • Avec quelques dizaines de phonèmes, une langue forme des milliers de mots et un nombre illimité de phrases.

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